Jean-Briac d’Augustin, France, 3D et motion design

Jean-Briac d’Augustin, France, motion et 3D designer

« J’ai appris à produire en quantité pour ne garder que le meilleur à la fin, et à mixer toutes les techniques pour créer du contenu unique. »

Jean-Briac d’Augustin est un jeune motion designer hyper doué, dont les travaux sont très prometteurs. Il jongle avec ses deux profils (technique et créatif) pour réaliser des videos époustouflantes. C’est avec grand plaisir que nous avons pu lui poser quelques questions. Il explique son parcours, sa passion, nous donne des détails sur ses réalisations et confie aussi quelques conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans le motion design et la 3D dès la rentrée prochaine ! Bonne lecture.

20 Mai 2015 – © Jean-Briac d’Augustin, droits protégés.

Bonjour Jean-Briac, j’ai vu que tu as commencé par des études scientifiques à Rennes, comment as-tu basculé dans le motion design ?
J’ai passé un bac scientifique et ne sachant pas quoi faire ensuite je me suis inscrit en fac de Maths, Informatique et Économie. Le système fac ne me convenait pas mais ça m’a permis de mieux me diriger pour la suite. J’ai trouvé une école, Hétic, sur le net en tapant « école multimédia ». Ce qui m’a attiré c’est le côté pluridisciplinaire et le côté pro-actif de l’école, mais j’y reviendrai.

J’y ai commencé par apprendre les bases : Photoshop, Illustrator, l’animation sous Flash, les joies du codes, html, css, php, js. C’est en fin de seconde année que je découvre d’abord Cinema4D, puis After Effects. Les 2 sont complémentaires à mon goût. J’ai vite senti que le motion m’apporterai beaucoup plus de possibilités de création que le web-design, surtout en y associant de la 3D.

À partir de là je me suis auto-formé en parallèle du cursus Hétic, car les cours de motion n’existaient pas encore. Heureusement sur le web il y a quantité de passionnés qui partagent leur savoir, à l’image de Mattias Peresini alias Mattrunks, Andrew Kramer de Video Copilot ou bien Nick Campbell de Greyscalegorilla, pour les plus connus. Ces types ont la générosité de partager leur savoir.

Tu as suivi une formation HETIC, peux-tu nous dire ce que cela t’a apporté ?
Une ouverture d’esprit.
Un mode d’apprentissage dans la durée.
Une vision de la technologie.
Hétic a un fonctionnement particulier qui répond vraiment à des profils d’étudiants passionnés par le numérique. Ce ne sont pas des « profs » qui viennent enseigner mais des intervenants professionnels qui partagent leurs expériences du monde pro et leurs visions de l’évolution du secteur. Le partage d’expérience est un point clé.

Grâce à Hétic j’ai pu me faire la main sur de nombreux projets. D’abord en interne, puis progressivement pour des clients extérieurs, notamment avec la junior entreprise Synerg’Hétic. Cette dimension pro-active est géniale, avoir un pied dans la réalité du marché bien avant de quitter l’école est essentiel.

En passant 5 années à Hétic j’ai pu me rendre compte de l’évolution rapide, que ce soit des technologies liées au développement ou des logiciels et du design. Suivre leur évolution et s’auto-former constamment est la solution pour continuer à progresser. Le diplôme que j’ai reçu à Hétic n’est pas figé dans le temps. Chaque nouvelle promotion est bien meilleure que la précédente et ce qui fait la différence c’est comment on fait évoluer l’enseignement que l’on a reçu tout en acquérant de l’expérience.

Tu travailles ensuite un an chez Hellohikimori, c’est du sérieux, comment as-tu atterri dans ce studio réputé ?
C’était en fin de quatrième année, j’étais en recherche de stage, je leur avais demandé une première fois mais voyant que je venais d’Hétic ils avaient refusé directement, pensant que Hétic ne formait que des chefs de projets web. J’ai alors passé un entretien chez Uzik au cours du quel j’ai vraiment pu montrer mes démos et expliquer que, non, Hétic ce n’est pas que de la gestion de projet et des développeurs mais aussi des créas et pas que en web-design. J’ai passé 5 mois chez Uzik en motion. C’était vraiment sympa, mais voyant que je n’avais pas de senior avec qui travailler et de qui apprendre je continuais de regarder les annonces de stages ailleurs.

Mon objectif était d’approfondir les techniques liées à la 3D et à Uzik on n’en faisait que très peu. Je voyais depuis plusieurs mois que Hellohikimori recherchait un stagiaire motion/C4D, je pense qu’ils ne trouvaient pas et je me suis dit qu’il fallait re-tenter le coup. J’ai répondu à un de leur tweet et tout est aller très vite ensuite. J’avais eu le temps d’acquérir plus de technique sur C4D ce qui a fait une vraie différence. J’y ai rejoint un camarade de promo, Quentin Gauvrit, qui était en stage gestion de projet ainsi qu’un autre héticien, Sébastien Juzac qui y était en Lead producer depuis 3 ans. J’y suis resté un an en contrat pro.

Quel souvenir en gardes-tu ? Quelle expérience as-tu acquise ?
Ça a été une expérience extrêmement riche tant sur le plan humain que technique. Mes compétences ont pris une nouvelle dimension, j’avais réellement un directeur créatif et un motion/3D senior de qui apprendre, surtout dans l’un des meilleurs studios de Paris.

Le souvenir le plus marquant c’était lors d’un projet pour Yves-Saint-Laurent. J’étais chargé de la partie 3D, le timing était hyper serré, on avait passé pas mal de soirées au bureau. La veille de la dead-line les rushes 3D n’étaient toujours pas rendus et ça prenait un temps monstrueux même en répartissant le travail sur tout les ordinateurs du bureaux. J’ai du trouver une solution dans l’urgence et finalement j’ai trouvé une ferme de rendu en ligne. Le lendemain le client est venu finaliser le projet avec nous au studio, et la partie 3D n’a pas été utilisée… Tout ce travail pour rien, c’était assez frustrant, mais le client est roi !
Je pense que Hellohikimori m’a appris à produire en quantité pour ne garder que le meilleur à la fin, et à mixer toutes les techniques pour créer du contenu unique.

2014, tu pars pour l’Australie. C’est une destination à la mode mais as-tu une raison en particulier d’aller là-bas ?
Je venais de passer 5 ans sur Paris pour les études, j’avais envie de bouger, de voir comment ça se passait ailleurs. L’Australie, c’est loin, il fait beau, et on peut surfer tout le temps!
Ça été assez simple de rencontrer les agences de créas à Sydney et les boulots en free-lances tombaient facilement.

Comment ça se passe ? Etre Frenchy, ça aide ?
Le niveau numérique européen est globalement un cran au dessus, alors oui dès qu’on dit qu’on est français avec un portfolio bien ficelé tout est plus simple. Lors d’un projet j’ai eu le droit à un « You’re a French legend mate!» c’était bien marrant. A Sydney j’ai rencontré un couple de motion-designers frenchy, Jonathan Guyader (ancien de F5 Paris) et Elsa Secco (Héticienne comme moi et ancienne de chez Biborg Paris). On s’est fait une colloc de créa, juste en face de la mer, le top.

Je me souviens notamment d’une Warehouse party, l’organisateur avait repéré Jonathan qui graphait et lui a demandé de repasser faire une peinture sur l’un des murs de la salle. Je l’ai suivi et ça a donné cette petite vidéo :

Où en es-tu actuellement ? Des projets ?
Je suis de retour en France, La cuisine française me manquait trop! Je suis à mon compte entre Paris et Nantes où je m’installe. Mon objectif est d’atteindre un niveau en 3D du style de Rich Nosworthy ou bien de Nejc Polovsak, ces gars sont des génies du Cinema4D. Ils ont non seulement une technique de dingue mais un goût certain pour le design. Ça motive pour progresser.

Peux-tu nous parler de quelques-unes de tes animations ?
Hétic : Juste après avoir obtenu mon diplôme, l’école m’a appelé en me demandant de créer un spot de pub de 10s. Il n’y avait pas vraiment de brief à part la durée. J’ai choisi de partir sur une créa 3D en y ajoutant du motion 2D, j’aime beaucoup mixer les 2. J’ai utilisé le moteur de rendu V-Ray sous Cinema4D pour sortir les rushes. Je passe toujours par une ferme de rendu online, jamais de rendus en local, je ménage mon CPU ! et c’est 100 fois plus rapide.

Avant j’ai passé 3 jours à lire la documentation V-Ray afin d’optimiser ma scène. Pour la musique j’ai fait pas mal de recherche en amont. Je voulais un style avec du punch. J’ai envoyer toutes mes directives à un compositeur avec qui j’avais déjà travaillé. j’étais très content du résultat.

Une fois que j’ai récupéré mes rushes 3D, avec les couches multi-pass, j’ai fait le compositing sous After-Effects évidement. La production s’est réparti sur un mois je pense. C’est vraiment le genre de projet que je préfère, partir de rien, avoir carte blanche.

Discovery : Pendant ma dernière année à Hétic, je me rendais compte que je commençais à avoir quelques compétences en 3D/motion, mais pas forcément de projet pour le prouver. Je me suis lancé dans un projet perso assez ambitieux puisqu’il m’a demandé 6 mois de production. L’objectif était de montrer mes capacités, d’apprendre de nouvelles techniques et de prendre un maximum de plaisir.

Au début j’ai pas mal tâtonné, tenté des choses. Beaucoup de modélisation, de tests de simulation de physique en 3D, de lumière, de texture. J’ai rédigé un story-board avec plus de cinquante plans différents. J’ai choisi de travailler d’abord le compositing des scènes puis de faire le montage. Je voulais monter avec les rushes définitifs. J’ai passé pas mal de temps sous Illustrator à reproduire le UI d’Oblivion pour la vue interne du drone. Son créateur, Bradley G Munkowitz alias Gmunk est un des mes mentors http://work.gmunk.com/. J’ai aussi repris des concepts de Mike Winkelmann alias Beeple http://www.beeple-crap.com/, Ce type est pire qu’une machine! J’ai beaucoup retravaillé des concepts que je trouvais cool comme les bras mécaniques, ou l’architecture de la station spatiale. Une fois la vidéo terminée je me suis retrouvé avec une quantité important de fichiers de travail, et j’ai décidé d’en faire un breakdown.

Aujourd’hui quand je la visionne je me rend compte de toutes les erreurs que j’ai commises ! Mais je pense que c’est comme ça qu’on apprend 😉

Dernière question : Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui veut se lancer dans une carrière de motion designer ?
Deux conseils :
– Technique : il faut bouffer du logiciel! Ne pas se contenter de ce que l’on connait, ne pas avoir peur d’ouvrir un nouveau logiciel si cela peut ouvrir de nouvelles voies de créa. Plus la technique est assurée et plus la créa est libérée. Regarder des tutos. Faire des projets persos ambitieux qui permettent d’explorer de nouvelles techniques. Élargir son panel de compétences, motion, 3D, VFX, montage, cadrage, sound-design, web, print, dev aussi!

– Créa : bouffer du design! Il faut se faire l’oeil, regarder énormément de vidéos, suivre les artistes/motion influents, comprendre leur process, recopier pour se faire la main, modifier, et tout recommencer ensuite pour créer son propre style.
C’est un métier pour passionnés.

Merci pour vos questions, et à bientôt !
Jean-Briac

mg-ctzn.net
twitter.com/jibedog

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